Une brève histoire du théâtre de Clermont l'Hérault
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Clermont l'Hérault, bourg centre d'une région située à une quarantaine de kilomètres au nord ouest de Montpellier: le Pays Cœur d'Hérault, est une commune de huit mille habitants. Il peut paraître étonnant qu'une petite ville dispose d'un théâtre très actif, très fréquenté et qui a obtenu le label « Scène conventionnée pour les écritures poétiques et scéniques ». Pour comprendre ce paradoxe, il convient de faire un retour sur le passé, des origines de cette institution à la période actuelle.

Au cœur du département de l'Hérault, Clermont l'Hérault, anciennement Clermont Lodève, a toujours été, depuis le Moyen Age, une petite cité industrieuse et commerçante, lieu de passage au carrefour de deux grands axes de circulation, siège d'un important marché et lieu d'échanges entre mer et montagne. Son industrie textile, dont le fleuron a été la Manufacture Royale de Villeneuvette, a  longtemps été florissante et sa production de drap de laine de haute qualité se négociait jusqu'aux Echelles du Levant. Puis vint, au dix-neuvième siècle, le développement de la monoculture de la vigne et Clermont l'Hérault devint un centre très actif du négoce du vin. Tout ceci explique la présence, dans cette ville, d'une bourgeoisie aisée et cultivée, toujours en attente de distractions, de musique et de théâtre.

C'est donc au début du Second Empire qu'un groupe de riches Clermontais regroupés dans une société d'actionnaires présidée par Jules Crémieux se sont lancés dans la construction d'un théâtre, au coût énorme pour l'époque de 40 000 francs or, qui fut inauguré en 1856. Cette salle à l'italienne de 400 places, conçu à l'imitation de celui de Montpellier, avec parterre, deux étages de balcons et un poulailler, était richement décoré de toiles peintes. Malheureusement, l'entreprise se révéla rapidement déficitaire et celui qui l'animait, le littérateur Gustave Delpon, y perdit toute sa fortune. Mis en vente à la demande des créanciers, le théâtre fut racheté par la Ville de Clermont l'Hérault en 1873 avec l'objectif suivant : « dans l'intérêt de l'art théâtral, dans le but d'instruire et de moraliser les classes ouvrières et de les arracher à la fréquentation funeste des cabarets, enfin en présence du désir manifesté par la population tout entière ». On reconnaît là les  préoccupations et le style de l'époque où Zola rédige la série des Rougon-Macquart.

Pendant un siècle, ce théâtre sera le centre de la vie culturelle et sociale du Clermontais. Il accueille des troupes professionnelles avec une programmation de théâtre, d'opérettes et d'opéras comiques, des revues en tournées (tournées Tichadel, gala Karsenty), des orchestres, des troupes et musiciens amateurs locaux. La salle est souvent pleine et le public appartient à toutes les catégories sociales. C'est paradoxalement pendant la deuxième guerre mondiale que la programation atteint son apogée : des troupes prestigieuses, repliées en zone libre, ne rechignent pas, nécessité faisant loi, à venir jouer de grandes pièces dans ce théâtre. On vient donc applaudir des artistes célèbres : Pierre Brasseur, Odette Joyeux, Claude Dauphin, Jean Nohain et bien d'autres.

Un siècle après sa création, ce théâtre a beaucoup vieilli. Les sièges sont étroits et inconfortables et, surtout, la structure intérieure faite de bois et de stuc est considérée comme dangereuse. Sur injonction du préfet, le Maire Jean Rouaud décide la fermeture du théâtre, la commune n'ayant pas les moyens de financer sa rénovation. Ainsi se ferme, au regret de tous, une période glorieuse du théâtre qui, dans son abandon, se dégrade rapidement.

Il faut attendre 1984 pour que, à l'instigation du Sénateur-Maire Marcel Vidal, le théâtre reprenne vie grâce aux subventions du ministère de la Culture, de la Région, du département et de la DATAR. La vieille structure intérieure à l'italienne est détruite pour être remplacée par une salle moderne, de moindre capacité (200 places), mais plus confortable. Jean-Louis Estany est alors nommé directeur de l'établissement, poste qu'il occupera jusqu'en 1987, date à laquelle il réoriente sa carrière dans les domaines de la production artistique et de la formation. Il sera remplacé par Robin Bayley jusqu'en 1998, puis, à la suite du décès de son successeur, il sera rappelé par Marcel Vidal pour reprendre la direction du théâtre qu'il occupe toujours actuellement.

Pendant toutes ces années, sous son impulsion, avec le soutien de la Ville de Clermont l'Hérault et du Département, soutien qui a pris une ampleur nouvelle après l'élection en 2001 du Maire Alain Cazorla, le théâtre n'a cessé d'élargir son action sur le territoire grâce à une programmation de qualité et la mise en place de nombreux ateliers en milieu scolaire dans les communes du Cœur d'Hérault ainsi que de spectacles décentralisés en partenariat avec plusieurs municipalités. Cette politique s'inscrit en concordance avec l'orientation nouvelle prise en 2001 par l'Office Culturel Clermontais qui s'ouvre sur le public et le territoire en devenant Office Culturel du Clermontais.

En 2007, une étape nouvelle a été franchie. Jean-Louis Estany était par ailleurs directeur artistique de l'association « Le Champ de Lire » basée à Clermont l'Hérault. Cette structure spécialisée dans la lecture, les écritures, la poésie et la formation développait des actions aux niveaux régional, national et même international avec « Poem Express » par exemple. A l'instigation de la Direction Régionale de l'Action Culturelle, des services culturels de la Région, du Département et de la Ville de Clermont l'hérault, les deux structures Office Culturel du Clerlmontais et Champ e Lire ont fusionné par absorption du Champ de Lire, de son personnel et de ses actions en cours en vue de la création, au théâtre, d'une « scène conventionnée pour les écritures poétiques et scéniques ».

Jacques Molinié
Président de l'Office Culturel du Clermontais de 2001 à  2008

 

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